Décès de Claude SEIGNOLLE

Claude Seignolle 2La Malvenue

Je viens d’apprendre le décès, à 101 ans, de quelqu’un qui a fort compté dans ma vie, dans mon parcours universitaire, dans mes goûts littéraires… Claude SEIGNOLLE, auteur de romans et de récits fantastiques (il a illustré le fantastique paysan aussi bien que le fantastique urbain) et d’ouvrages d’ethnologie. Je l’ai rencontré lors de l’année académique 1972-1973, à Paris, lorsque je préparais mon mémoire de philologie romane sur son oeuvre. Il m’a beaucoup aidé et nous avons tissé des relations amicales. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises par la suite, ce sont des souvenirs inoubliables. Il se dégageait de ses fictions – si peu « fictions » disait-il parce qu’elles reproduisaient les vieux contes et les croyances d’antan – une telle force, une telle emprise que vous sortiez « différents » de la lecture de ses écrits, souvent habillés d’un français ancestral, mystique ou … diabolique! Lisez par exemple « La malvenue » ou « Les évangiles du diable »…
Il avait (re)publié à compte d’auteur ma thèse sous le titre « Le folklore de la peur dans l’oeuvre de Claude Seignolle », en juin 2001.
Merci encore, Claude, et repose en paix.
http://heresie.com/cseignolle/

Le folklore de la peur

Frissons d’aube

DSC_0607Le ciel s’empourpre

La lumière naît vibrante et lucide

Pixels du matin calme

Circoncision de la douleur

Epanchement des âmes

Je suis de la terre d’ici

Mes doigts tremblent

Dans le feuillage

Et ton visage

A la couleur de l’aube

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Photos ci-dessus, perso.

Ci-dessous, une photo de Zach ALLIA (https://www.zachallia.com/)Visage dans la lumière Zach Allia

Estampe et transes

DSCF0142il faut se battre

loin des rougeurs

de l’horizon

discipliner ce ciel

opaque et rebelle

orchestrer les nuages

se fondant dans les failles

d’où s’ensanglantent les hordes

du crépuscule

calmer l’élan des eaux

aux rythmes grossiers

légiférer l’anarchie

des orages impatients

 

il faut chevaucher l’impossible

traquer l’œil du cyclone

jusqu’à la cécité des cris

se repaître des zébrures

pour en accoucher des mares

hallucinantes contorsions

arrachées des fertilités d’un cénacle

de terres impures

 

 

parfois je m’imagine

puéril dans cette fugue

du désordre

rescapé de la déraison

et blotti dans les effilochures

lourdes des crayons

d’un dieu las

parfois je m’imagine

mucus hétéroclite

pitoyable déchet

de ce requiem

gavé de sa puissance

 

mais cette beauté ne se fige pas

nichée dans une croisade

d’invectives et de moussons

elle lacère mes yeux

d’un long cinabre d’espoir et de vie

j’ouvre alors l’ultime chapitre

d’une bible de brumes

et d’haleines rauques

mon ciel animal

mon ciel pléthorique

engorgeant enfin

mes veines

d’une soudaine vigueur

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Mars 2018

GilRay

 

Désertion

Doigts sur un piano

Comme des doigts sur les touches d’un piano

D’une musique confuse

Petites lames de fond

A l’horizon d’une mer étale

J’efface les souvenirs

Maigres

De ta présence

Je les vois se fondre dans l’écume

Et je ne ressens que le reflux

De la haine

Elle a des allures de vieille coque

Qu’un pêcheur aurait oubliée

Sur un banc de sable loin

Très loin

Parce que la mer s’est vidée

Eventrée

Laissant les vagues dissiper

De sombres amours

D’inutiles baisers

Cette errance

Que j’aurais aimée

Véhémence

Et sonate aux mouvements océaniques

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Avec ton visage de poupée

Je t’aimais bien

Avec ton visage de poupée

Dans la jungle de ma tête

Je t’aimais bien

Égarée  tout le long

Des rives de ma peau

Je t’aimais bien

Mais m’aimais-tu

Le regard ailleurs

Ton corps dans ce désastre

Des océans qui n’en finissent pas

Femme de l’amour improbable

Femme dans cette vague fluide

Poupée aux interminables rictus

Larguant dans mon désir de toi

Tes déhanchements de pauvrette

Je t’aime j’aime les insoumises

Et les galets que tu imprimes

Sur l’oubli de ton visage

Et je n’ai pas peur

Des mots qui se répètent

Puisqu’ils te décrivent

Jusqu’à ce que mort s’ensuive

Subitement tu es là

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En camping-car, un livre de Ivan Jablonka

 Ivan JablonkaA travers ses propres souvenirs de vacances d’enfance, dans les années 1980, Ivan Jablonka dresse le portrait d’une génération. Loin de tout narcissisme.

« Soyez heureux ! » rugit le père au volant du camping-car cet été 1986. Il lui est insupportable que ses fils n’admirent pas ce désert marocain, ne profitent pas de ces aventureuses vacances qu’il leur offre, avec leur mère. Eux n’ont pas eu leur chance. Lui, surtout, dont les parents ont été assassinés à Auschwitz, qui a grandi dans les institutions réservées aux orphelins de la Shoah, dirigées par la Commission centrale de l’enfance, une organisation juive communiste. Cette injonction au bonheur qu’il n’a pas connu, et qui devient ici acte de résistance, revanche face à la tragédie de ses aïeux, le père de l’historien Ivan Jablonka la concrétisera avec famille et amis chaque été de la décennie 1980. De Corse en Turquie, du Portugal en Italie, de la Grèce au Maroc ou en Sicile. Une manière joyeuse et toujours culturelle de combler les disparitions, les absences et silences sur lesquels ne cessera d’écrire pourtant — et superbement — le fils. A jamais « enfant-Shoah », comme dit de lui Ivan Jablonka, 44 ans.

Le camping-car Volkswagen de ses jeunes années est à la mode, sorti des usines allemandes qu’a ressuscitées le plan Marshall, en osmose avec le goût populaire tout neuf des vacances et du plein air ; et en écho à l’éternel exil, du cosmopolitisme forcé des ancêtres. Le camping-car comme métaphore d’une culture, d’un peuple. D’une exigence d’ouverture, de curiosité aussi, et d’une époque en mouvement. Jablonka érige sur le combi Volkswagen une vraie mythologie à la Roland Barthes.

Entre la mère prof de lettres, éprise d’antiquité gréco-latine, et le père scientifique, les fils explorent des territoires où ne s’aventurent guère les touristes. Et où leur parentèle intello libertaire, pédago bobo, compte fortifier leur esprit pour ces concours prochains qu’ils sont condamnés à réussir.

De ces expéditions naturistes écolos prolos que méprisent les copains bourgeois du lycée, Ivan Jablonka tire aussi les secrets d’une « autohistoire » de sa façon. Comme on dit, pour les écrivains, autofiction. A travers ses souvenirs de vacances, il traque une époque, une génération. En camping-car n’est jamais narcissique. L’auteur y rend l’anecdotique personnel exemplaire et le détail familial magistral. Il invente un art généreux de faire histoire de soi, où il s’agit de « débusquer ce qui en nous n’est pas à nous. Comprendre en quoi notre unicité est le produit d’un collectif, l’histoire et le social. Se penser soi-même comme les autres. » Son délicieux récit de jeunesse — où se redécouvre la France des années Mitterrand — ­devient alors un saisissant exercice de moraliste.

 

| Ed. du Seuil, coll. La Librairie du XXIe siècle, 192 p.

Un article de Télérama, 2 janvier 2018, http://www.telerama.fr/livres/en-camping-car,n5424423.phpEn camping car 2

des murs des briques

Des murs220118

des briques des murs

autour de nous se dressent

mais ils n’effaceront pas la mémoire

de nos ancres de rouille

ne gommeront pas

l’envie que nous avons

de rompre encore et toujours

le silence des pierres

 

Collage : Carnets Maggy Want

Texte : GilRay

Falaise des fous

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Patrick GRAINVILLE , aux éditions du Seuil, 2018.

Grainville nous rapproche de MONET et de COURBET sur les falaises d’ETRETAT…

Résumé :

1868-1927 : de l’invention de l’impressionnisme à la traversée de l’Atlantique par Lindbergh, un Normand établi à Étretat entreprend le récit de sa vie. Orphelin de mère, jamais reconnu par son père, il s’est installé chez son oncle, dans la splendeur des falaises, après avoir été blessé lors de la sanglante aventure coloniale en Algérie.

Sous son regard, un homme peint : c’est Monet. Pour le jeune homme, qui ne connaît rien à la peinture, c’est un choc. La naissance d’un art et d’une époque se joue là, et, dès lors, il n’aura de cesse d’en suivre les métamorphoses, guidé par deux amantes, Mathilde, une bourgeoise mariée, sensuelle, puis Anna, passionnée. Elles l’initient à Monet, présent de bout en bout, mais aussi à Courbet, Boudin, Degas, Flaubert, Hugo, Maupassant… Tous passent à Étretat ou dans son voisinage.

De la débâcle de la guerre de 1870 à la découverte de New York, de l’affaire Dreyfus au gouffre de la Grande Guerre, c’est tout un monde qui surgit, passe et cède la place à un autre. Dans la permanence des falaises lumineuses, la folie de Monet affrontant l’infini des Nymphéas. Le tout sous la plume d’un homme qui a beaucoup vécu, beaucoup ressenti, aimé et perdu.

Fresque historique vertigineuse, saga familiale et amoureuse, évocation puissante de la pulsion créatrice : avec Falaise des fous, Patrick Grainville signe son roman le plus accompli, le roman d’une vie.     <<< Babelio
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Subway girl with a child

Roche, la personne, lumière, noir et blanc, gens, femmeDans le grand couloir de la Gare du Nord

A Bruxelles là-bas près des rails des grandes illusions

Ceux qui nous mènent au quotidien

Ici ou là parce que c’est la vie au quotidien

Dans la foule éparpillée émiettée

Qui ne s’aventure jamais mais suit les chemins connus

Rejoindre sa maison rejoindre son destin

Dans la foule cette foule terrestre aimant l’anonymat

Et la perdition aussi tapie sous les néons

Elle était là cherchant le tracé d’une autre vie

Poussant le petit véhicule

Où s’était assoupi son enfant

Je me souviens

Son bonnet son teint âpre sa jeunesse rom

Bras engourdis ses yeux si beaux

La laine de son manteau

Ce monde d’ailleurs ma jeune gitane

Par-dessus les épaules

Son regard droit dans mes yeux

Je me souviens pourquoi moi et toi

Dans le couloir de cette gare du nord

Dans une ville frileuse transie un soir de décembre

Ton regard me chavirait enfin

Je laisse ma bière sur le comptoir du bar des passants

Te rejoins près de l’entrée d’une boulangerie

Enfant adulte jeune petite paumée

Love dans la froideur des carrelages

Qu’est-ce que tu voulais que je fasse

Pourquoi moi

Non c’est pas de la littérature de gare

On n’attend rien on lit sa petite existence

Dans la vacuité l’envie d’être celui qui  avec toi

Refait un monde où

Les poussettes câlinent les gosses

Où on a quelque chose qui vibre

Back to black

À n’en plus savoir à n’en plus souffler

Dans cette foule

Et ton bras ton geste qui m’appelle

Je suis rentré dans cette  boulangerie métropolitaine

Acheté je sais plus quelle pâtisserie

Et te l’ai donnée dans ta main

Transit vers le petit la petite je sais plus

Dans la poussette

Et les autres ces autres cette masse

De gens blafards inutiles dans leur trépas de morts vivants

C’est quoi ce monde

Couloir central gare du nord Bruxelles

Ton regard dans mon regard

Petite rom ma bière ne mousse plus

J’ai fait quoi

Sweet home baby

Un jour je me reposerai dans ton monde

Ce couloir sera le paradis

Et nous aurons nos doigts tendus lacérés enlacés

Pour leur dire

Que la vie va que la vie elle a une bonne tendance

Je te dessinerai dans mes plus belles aquarelles

Girl of the subway

Subway 2

A lire en écoutant Lhasa de Sela:

 

 

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