Archive | juin 2014

« Paris, la nuit » (photos)

La nuit, Thibaut Lafaye part en quête de lumière dans un Paris fantasmé, un Paris rien qu’à soi, révélé par le halo d’un réverbère, retrouvé au détour d’une rue de faubourg, sublimé par le passage d’une silhouette furtive. 

Il nous conduit en des lieux familiers mais jamais aperçus, joue du cadre et de la lumière pour nous faire perdre tout repère temporel. Sommes-nous aujourd’hui ? Hier?
Dans la vie ou au cinéma ? 

Thibaut Lafaye saisit des moments intimes de la ville vidée de son agitation, rendue aux noctambules qui profitent ainsi d’un Paris rêvé.
La particularité de sa manière est de laisser une grande place au lecteur, de l’inviter à partager le lieu, le moment, l’ambiance.
Thibaut Lafaye vit et travaille à Paris où il est né en 1973. C’est son père qui lui apprend à l’âge de vingt ans la photographie, de la prise de vue au tirage. 

Dès ses débuts, il photographie la rue, la nuit ; il vend ses tirages noir et blanc dans les brocantes.
Il s’interrompt quelques années. En 2010, Thibaut Lafaye reprend son reflex, son trépied, et part en maraude dans Paris et ses alentours, toujours la nuit.
« J’avais quelque chose à dire de mon apprentissage et de ma formation avec mon père. »
Il y a dans les photographies de Thibaut Lafaye une sorte de narration latente, présence discrète à laquelle l’imaginaire du lecteur donne vie, comme la lecture d’une nouvelle.
« La nuit, c’est un univers à part, une ambiance particulière ; c’est l’opposé du jour mais comme un négatif. Dans la nuit, on est sans repère géographique ou temporel, on est dans le noir et la lumière des réverbères nous révèle, nous donne une identité. »
« Paris, la nuit » est son premier livre, Nouvelles Editions Loubatières
Image

« Le chat de la rue des glycines »
Lire la Suite…

Larme d’azur (haïku)

Larme d’azur  (haïku)

Image

larme d’azur

 gravée sur la frange

de cette feuille,

 amoureusement

lobée

 au creux de ma main,

pour me dire

 que rien n’est encore

outrepassé

 non rien, pas même cette larme d’azur

que ne peut flétrir

 le douloureux émail

de l’horizon

 

A lire en écoutant :

London Grammar, « Nightcall »

Sur Spotify

London Grammar – Nightcall

 

Lebanese song

Je ne sais pas pourquoi, mais, en ces temps de violence et d’incertitude, des souvenirs me taraudent. Souvenirs des années 70-80, des années de guerre au Liban. Nous connaissions, ma compagne et moi, à l’époque des amis, Brigitte, professeur d’allemand, elle-même d’origine allemande, collègue de travail, et son compagnon, Ahmad, médecin à l’Hôpital Français de Bruxelles, d’origine libanaise. Nous nous rencontrions souvent chez une amie commune, à Bruxelles. Je ne sais plus si c’est avant ou après les massacres de Sabra et Chatila[i], Ahmad a voulu rejoindre les siens, à Beyrouth, pour soigner les blessés dans l’hôpital que dirigeait sa famille. Brigitte l’a suivi. Nous n’eûmes plus guère de nouvelles, jusqu’au jour où nous apprîmes que, poussée à bout par les interminables combats et les bombardements incessants, elle avait décidé de réintégrer la Belgique.

Puis la nouvelle est tombée : Brigitte s’était jetée sous un train, non loin de Louvain-la-Neuve…

Je repense à toi, Brigitte, et te dédie ces quelques phrases.

 

Image Walid Raad, oeuvre exposée au Carré d’Art, à Nîmes

Lebanese song

 

Bruxelles Beyrouth

Beyrouth Bruxelles

les années de sang

les années snipers

 l’insouciance ici

la guerre fratricide là-bas

aux côtés d’Ahmad

avant…

 

avant ce jour où tu as pris la fuite

Brigitte

dans l’incolore de la vie

sous un train d’acier implacable

au large de Louvain-la-Neuve

 

Bruxelles Beyrouth

Beyrouth Bruxelles

Il n’y avait plus de fallafel

juste les impacts AK47

et les bombes pleuvant sur Beyrouth la douce

et des vies à l’emporte-pièce

des vies que tentait de sauver Ahmad

médecin du pire

ton compagnon

des vies de là-bas, Liban, Palestine, chrétiens, musulmans, qu’importe

qu’est-il devenu

a-t-il survécu

sans toi, Brigitte, revenue parmi les vivants pour y mourir

pleurs griffonnés

blessures taguées

sur les peaux de la ville

ce gâchis universel

 Beirouth Bruxelles

Bruxelles Beyrouth

Nous prendrons le thé de l’indicible

 

 

 

 

 

 

[i] http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Sabra_et_Chatila, sur Wikipedia.