Inscrire mes pas

Inscrire mes pas

Dans ceux déjà tracés

Les miens jadis

La terre les enfouit

L’horizon les claquemure

Inscrire mes pas

Pour ne pas me perdre

Regards sur l’infini

Oreilles connectées

Sur les trémolos stellaires

J’aime débouler

Dans les sentiers qui se croisent

Dans le sexe de la nuit

Pourquoi la nuit

Elle s’évertue

À me caresser

De ses lunes moribondes

Pourquoi la nuit

Elle a du fitness

Gonflant ses vagues

De belles nuances sombres

Fumigène à toute heure

Fuyant l’aube

Inscrire mes pas dans les courbes

De sa boussole folle

Et sentir sa chaleur

À même l’humus du sol

La nuit guide mes pas

Camarade

J’entends les branches

Dingues un peu van gogh

Je leur demande de filtrer

Mes pas dans ceux déjà tracés

Les miens jadis

©GilRay, mars 2020

Joy Division, She’s  Lost Control : https://open.spotify.com/track/49G0Rj1qpt75vdgiOo8QAE?si=zvQl7M4qQEOBYg-4mAIFAw

J’aurais voulu

J’aurais voulu que les murs de la ville me parlent

Que les grandes fresques me nettoient les yeux

Voulu que ces rues me racontent des histoires

M’arriment dans des regards de femmes intemporelles

Rencontrées par hasard

Des soirs de vin généreux

Palpitants comme des mains qui chavirent

Voulu que tu sois là parfois

Et la philosophie de ton corps

Avec ta vie à la dérive

Voulu voulu je n’osais pas parler

Penaud dans la disgrâce de ma vie

Mais si fervent de tes gestes

Il y avait un peu de brillance

Au moment où tu me noyais

Sous tes pupilles

Je suis les traces de ton existence perdue

Dans la mienne

J’aurais voulu que les murs de cette ville

Gardent un souvenir incrusté

Une bague de fiançailles

Qui ne vieillirait pas

Voulu voulu

https://youtu.be/PLFPSi2Fp4s : Anne Vanderlove, Les rendez-vous manqués.

Mascarade

Les masques s’agrippaient aux visages

Les uns hilarants les autres sombres

Certains laissant quelques gouttes de sang

Se figer sur des joues glabres

Ils apparaissaient sous des réverbères

Au coin des venelles

Délitaient la brume du soir

Burlesque et ouateuse

A peine se mouvaient-ils

Sur des corps invisibles

Masques d’êtres diaphanes

Masques d’humains de la terre

Ils nous peuplaient

Nous arrachaient d’infinies grimaces

Des rictus animaux

Les yeux perçaient au tréfond

D’orbites de carton

La ville enfin révélait son visage

Les séides de la nuit

Un théâtre d’ombres

Et de costumes pailletés 

Collant à des peaux marbrées

Masques d’infortune

Masques de pestiférés

Loups d’une blancheur céleste

Et dominos affranchis de leurs maîtres

Toute une meute embrassant la cité

Nous n’étions que de simples marionnettes

Équilibristes chutant de leurs piédestaux

Aux prises avec d’indécis théâtreux

Faisant maigres figures

Et misérables mascarades

Nous fuyions les draperies exsangues

De nos demeures patriciennes

Laissions derrière nous

Les épouvantails figés

Dans de simiesques postures

Ils furent les maîtres absolus

Et nous les victimes consentantes

Ridicules polichinelles

Enclavés dans cette commedia

Que l’oubli a déjà désertée

Vaine multitude

… vaine multitude

Le masque de la mort rouge

Illustration de la nouvelle

La pandémie actuelle du Coronavirus, rebaptisé Covid-19, me fait penser que la littérature a toujours illustré ce type d’événement, et diffusé des scénarios de peste atteignant l’humanité entière, petit à petit. Ainsi, cette nouvelle d’un des pères fondateurs de la littérature fantastique (et policière) moderne, « Le masque de la mort rouge », d’Edgar Allan POE, fin du XIXe siècle, publiée dans le reccueil »Les nouvelles hiustoires extraordinaires ».

Le Masque de la Mort Rouge

Edgar Allan Poe, « Nouvelles histoires extraordinaires », traduction de Charles Baudelaire, 1884.

ʃ  Le Masque de la mort rouge (The Masque of the Red Death) est une nouvelle d’Edgar Allan Poe publiée pour la première fois en  1842 dans le Graham’s Lady’s and Gentleman’s Magazine sous le titre The Mask of the Red Death, avec le sous-titre A Fantasy. Une version révisée est parue le  juillet 1845 dans le Broadway Journal sous son titre définitif. Traduite en français par Charles Baudelaire, elle fait partie du recueil Nouvelles histoires extraordinaires. La nouvelle se situe dans la tradition du roman gothique et a souvent été analysée comme une allégorie sur l’inéluctabilité de la mort, bien que d’autres interprétations aient été faites.

Premières lignes…

« La Mort Rouge avait pendant longtemps dépeuplé la contrée. Jamais peste ne fut si fatale, si horrible. Son avatar, c’était le sang, – la rougeur et la hideur du sang. C’étaient des douleurs aiguës, un vertige soudain, et puis un suintement abondant par les pores, et la dissolution de l’être. Des taches pourpres sur le corps, et spécialement sur le visage de la victime, la mettaient au ban de l’humanité, Zone de Texte: 2et lui fermaient tout secours et toute sympathie. L’invasion, le progrès, le résultat de la maladie, tout cela était l’affaire d’une demi-heure. Mais le prince Prospero était heureux, et intrépide, et sagace. Quand ses domaines furent à moitié dépeuplés, il convoqua un millier d’amis vigoureux et allègres de cœur, choisis parmi les chevaliers et les dames de sa cour, et se fit avec eux une retraite profonde dans une de ses abbayes fortifiées. C’était un vaste et magnifique bâtiment, une création du prince, d’un goût excentrique et cependant grandiose. Un mur épais et haut lui faisait une ceinture. Ce mur avait des portes de fer. Les courtisans, une fois entrés, se servirent de fourneaux et de solides marteaux pour souder les verrous. Ils résolurent de se barricader contre les impulsions soudaines du désespoir extérieur et de fermer toute issue aux frénésies du dedans. L’abbaye fut largement approvisionnée. Grâce à ces précautions,  les courtisans pouvaient jeter le défi à la contagion. Le monde extérieur s’arrangerait comme il pourrait. En attendant, c’était folie de s’affliger ou de penser. Le prince avait pourvu à tous les moyens de plaisir. Il y avait des bouffons, il y avait des improvisateurs, des danseurs, des musiciens, il y avait le beau sous toutes ses formes, il y avait le vin. En dedans, il y avait toutes ces belles choses et la sécurité. Au-dehors, la Mort Rouge. Ce fut vers la fin du cinquième ou sixième mois de sa retraite, et pendant que le fléau sévissait au-dehors avec le plus de rage, que le prince Prospero gratifia ses mille amis d’un bal masqué de la plus insolite magnificence. Tableau voluptueux que cette mascarade ! »

Edgar Allan Poe

Bistrot populaire

Tout d’abord il y a cette petite salle un soir

Mon bistrot populaire

Enfumée sentant la bière

Assis sur des chaises en bois autour des tables

En bois luisant

Des gens qui essaient d’oublier la semaine et la fatigue

et aussi d’autres accoudés au zinc

Parlant parfois fort

Pour faire mieux

Que le jukebox

Diffusant ses petits vinyles 45 tours

Des slows ou du Johnny

Avec même un ou deux couples

Langoureux s’aimant

On le devine ils dansent un peu gauches

Même en oubliant l’autre qui regarde

Et puis il y a la patronne

Derrière son comptoir

À la peine à la pompe

Sourire incandescent

Et petite robe affriolante

Ils boivent ils dansent

Pas que des vieux des jeunes aussi

Cherchant l’âme sœur après la journée dure

Usine garage mine chômedu

Envie que la tête s’envole un peu

Se grise te fait penser

A ce que tu ne seras jamais

Ensuite il y a les lumières un peu jaunes

Une ampoule qui a lâché

Mais c’est pas important

La lumière elle est dedans

Allez le temps passe les couples se multiplient

On est dans une rue un peu falote

Le bistrot éclabousse le trottoir

La patronne augmente le son

Et fait des p’tites mimiques coquines

Ressert

Je suis là dans le fond

Face à ma bière toujours courageuse en mousse

Cette petite salle un soir

C’est comme le paradis tous les jours

J’en crève aujourd’hui

Parce que les baisers volés sur des bouches

Ont laissé des traces amères

Et la musique dans nos oreilles

Des envies de retour au pays

Celui qu’on aime et qu’on oublie

Petite salle du bistrot du coin

Un soir

Vous voulez un peu de cinoche

Ce sera du Gabin du Belmondo du Suzanne Flon

Et vogue la galère

A la fin il y a la petite salle un soir

Non une aube gueule de bois

Si vous me permettez

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Bernard, du Golden Sallon, Charleroi, décédé.

Tu ne connais pas la femme

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Tu ne connais pas cette femme

Venue de l’ombre

Avec ses gestes mesurés

Ses yeux te fixant

Tu ne connais pas cette femme

Dont l’amour affleure

Tout le long de sa peau

Fine et brûlante

Tu ne connais pas la femme cette femme

Toute ta vie au large

Des terres de là-bas

Tu ne connais pas cette femme

Onde douce et marine

Ta solitude incarnée dans des pas

Oubliés des traces

Sur le sable jaunissant

Tu ne connaîtras jamais cette femme

Pourtant fidèle et libre

Comme un fluide du ciel

Comme une évidence qui s’efface

Une éternité dans les recoins

De l’inconnaissable

Tu resteras cet homme

Orphelin

Que des vies multiples

Laisseront à jamais

Un peu naufragé

Largué dans l’envie

Ridicule écueil

Dans les marées de son corps

Tu ne connaîtras jamais la femme

Écris-moi… dans les reflux de la nuit.

    GILRAY

Janvier 2020

Cet été, à Pantin, Seine-St-Denis, un photographe a fixé sur la pellicule des jeunes gens qui plongeaient dans le canal de l’Ourcq

Séan McGirr, un photographe d’origine irlandaise, né à Dublin, établi en France, a photographié des jeunes plongeant dans le canal de l’Ourcq, pendant la canicule estivale.

Pantin, en Seine-St-Denis, change, les abords du canal se gentrifient, loin du Pantin populaire, en proie aux problèmes éconmiques…

https://i-d.vice.com/fr/article/mbm3nb/a-pantin-avec-ceux-qui-plongent-dans-le-canal-quand-vient-la-canicule

T’as pas le look (sLaM)

Fille aux yeux rougis

T’as pas le look qui plaît

T’as pas le look

Mais tu m’plais

Ta planque

C’est l’entre canaux

De la ville

La ville

Où tu es née

La ville

Des oubliés de la ville

Belle encore

Et toujours parce que

Pour toi elle sourit

Intra-veineuse

Un peu

Music

Dans ta tête

Quand tu la dorlotes

Sur les pavés ruisselants

Peuvent pas être secs

Et toi tes mains

La fabriquent

Jour après jour

Fille du jour qui meurt

Si t’as pas le look

T’as le langage

Les mots qui sourdent

Christ piercé

L’humanité en cloque

Dans ton petit ventre

Je t’aime fille

Aux yeux rouges

Tu t’infiltres enfin

Armée de pleurs

Et de bonheurs

T’as pas le look qui plaît

T’as le look

Qui me plaît

Photo signée Philippe Vanoudenhove, 2019.
Photo Perso en Urbex, Charleroi

Boire cette nuit

Je bois cette nuit

Dans la coulure du jour

Mes paupières se closent

Comme des chiennes soumises

Et je fais l’inventaire de mes ivresses

Épousseter le néant

C’est ce qu’ils m’obligent à faire

Rafler les traces

Sidérer le petit peuple

Les pacotilles d’humanité

Je bois cette nuit

Mielleuse dans ma bouche

Eau vive alcool des insomniaques

Ils l’ont tant dénigrée

Avec ses lunaisons ses venins

Mais elle triomphe pluie noire

Trompe un soleil médusé

Irradie les aveugles

Nuit des invalides de la nuit

Nuit des pistoleros

Sur leurs selles de cuir râpeux

Nuit plus grande encore

Quand elle fait la nique

Au chaos du jour

©GilRay

Septembre 2019